vont explorer une forêt les yeux, le c½ur,
l'esprit, les songes ...
Lire (Presques-songe)
D'aucuns cherchent à véhiculer à tort que l'île de Madagascar s'est détachée à l'ère primaire du Gondwana. A tort puisque la légende veut que Madagascar soit l'empreinte du pied de dieu. Et les quatre îles des Comores et l'île de Nosy-Be les empreintes de ses orteils. En fait, chassé d'Eden avec sa femme Eve, Adam a d'abord foulé l'océan Indien. D'où ce premier pas indélébile. Par conséquent, l'île aux lémuriens est un lieu béni. Et ce n'est pas par hasard, si elle a des fortes ressemblances avec l'Eden. Anciennement habitée par les vazimba, êtres plus esprits qu'humains, Madagascar ou Qomr (de l'arabe Kamar qui veut dire la lune) –ainsi était-elle baptisée par les manalimo (de l'arabe mu'allim qui veut dire savants ou tout simplement navigateurs arabes) – a été habitée par la suite par des Austronésiens, des Bantous, des Arabes, des Européens et des Hadrami. Ainsi révèle les manuscrits en écorce dits sorabe – mot issu du terme soratra qui est antérieur aux influences arabes et qui veut dire en Indonésie écriture ou dessins – et qui servaient dès le XIème siècle d'aide-mémoires, de répertoires d'incantations, de lois et de règles d'astrologie aux arabico-malgaches. Pour dire, que tous ceux qui naissent là-bas sont des esprits. Esprits parmi les esprits.
race éteinte d'Emyrne au bois découronné
à l'archipel lointain de la Polynésie
Extrait de Volume de Rabéarivelo
Mais bien que ses amours pour le français et la poésie fussent fortes, il abandonna l'école à 14 ans. Néanmoins, dans cette même année 1915, il manifesta un don pour la poésie ou pour rester dans notre contexte malagasy, se réveilla désormais en lui les esprits de l'île Rouge. Et publia un poème en malgache sous le pseudonyme K. Verbal dans la revue Vakio ity. Fier de sa culture et de ses origines nobles, il fut le plus grand défenseur du hain-teny et le plus grand poète de la deuxième génération du hain-teny à savoir la génération par l'écriture.
et voici que tu vois, au-delà de ce que voient les hommes,
tous les Tropiques :
voici des makis parés comme des mariés ;
leurs quatre mains sont chargées de régime de bananes,
et chargées de fleurs jamais vues par ceux qui ne sont pas des gens
et, parmi leur voix heureuse de se baigner au soleil,
voici tout le tumulte des cascades.
Fièvres des îles (Presque-Songes 1935)
Tu sembles nous sourire au milieu de tes fleurs,
Au milieu de tes bois pailletés de fleurs jaunes,
De tes larges forêts où les Nymphes, les Faunes,
Par les bruits des bois morts, laissent des cris siffleurs
(...)
Tu me sembles en rêves dans tes vastes taillis,
Qui cachent en leur sein tes tombeaux de Napées,
Où la lumière ne luit que par échappées
Pour attrister encor ces monuments vieillis ;
(...)
Salut, Ambatolampy ! O pays deux fois plus saint,
Pays d'antiquités qu'ennoblit la Pomone !
Le poète te quitte en tressant ta couronne
Avec l'épi d'or dont ton alentour est ceint !
Trive, le 13-09-21 Jean Osmé
Trop nostalgique du passé, il était, comme tout malgache fasciné de la mort. Il est aussi à savoir qu'à Madagascar où existe le famadiana (culte des morts), un mort est plus respecté et craint qu'un vivant. D'ailleurs même le poète-président Léopold Sedar Senghor disait qu'à en Antanarivo « se côtoient les vivants et les morts ». En 1924, après avoir enchainé des menus métiers comme collaborateur au Journal de Madagascar, hebdomadaire bilingue, il devint correcteur bénévole les deux premières années puis salarié à l'imprimerie de L'Imerina dirigée par Louis Dussol. Et en compensation à un salaire dérisoire, l'imprimeur publia en tirage limité la plupart de ses recueils de poèmes à l'instar de La coupe des cendres (1924), Sylves (1927), Volume (1928), Enfants d'Orphée (1931), Presque-Songes (1934), Traduit de la Nuit (1935), Imaitsoanala (1935) et Chants pour Abéone (1936)". Presque-Songes (1934), Traduit de la Nuit (1935), Imaitsoanala (1935) et Chants pour Abéone (1936).
Au nadir lointain ?
Penche-toi près d'une fontaine,
Près d'un fleuve
Ou d'une source :
Tu y verras la lune
Tombée dans un trou,
Et tu t'y verras toi-même,
Lumineux et silencieux,
Parmi les arbres sans racines,
Et où viennent des oiseaux muets.
Traduit de la nuit (1936)
un peu plus vieux que toi, Rimbaud anté-néant,
parce que cette vie est pour nous trop rebelle
et parce que l'abeille a tari tout pollen,
ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,
et, couché sur le sable ou la pierre, sous l'herbe,
fixer un regard tendre
sur tout ce qui deviendra quelque jour des gerbes.
Rabéarivelo




