Rabearivelo, poète de l'Imerina

Rabearivelo, poète de l’Imerina
Ne faites pas de bruit, ne parlez pas ;
vont explorer une forêt les yeux, le c½ur,
l'esprit, les songes ...

Lire (Presques-songe)

Seul un être issu de cette terre, de cette île rouge comme le soleil au crépuscule, verte comme la lune à l'horizon à l'aube, peut manifester un tel génie. Si l'homme respire l'air que lui offre la terre qui le porte, donc, tel l'arbre et ses racines, l'homme est sans l'hombre d'un doute, le fruit de la terre. Autrement dit, si nul ne peut dissocier l'histoire de l'arbre et de ses racines, donc nul ne peut du coup écrire l'histoire de l'homme sans commencer par parler de celle de la terre. De sa terre. Source de tous les imaginaires. Muses d'entre les muses. Grosso modo, avant de rendre hommage à Jean-Joseph Casimir Rabearivelo et à son génie ô combien sublime, le devoir nous est chargé d'esquisser tout d'abord un portrait de Madagascar. L'« île australe ».

D'aucuns cherchent à véhiculer à tort que l'île de Madagascar s'est détachée à l'ère primaire du Gondwana. A tort puisque la légende veut que Madagascar soit l'empreinte du pied de dieu. Et les quatre îles des Comores et l'île de Nosy-Be les empreintes de ses orteils. En fait, chassé d'Eden avec sa femme Eve, Adam a d'abord foulé l'océan Indien. D'où ce premier pas indélébile. Par conséquent, l'île aux lémuriens est un lieu béni. Et ce n'est pas par hasard, si elle a des fortes ressemblances avec l'Eden. Anciennement habitée par les vazimba, êtres plus esprits qu'humains, Madagascar ou Qomr (de l'arabe Kamar qui veut dire la lune) –ainsi était-elle baptisée par les manalimo (de l'arabe mu'allim qui veut dire savants ou tout simplement navigateurs arabes) – a été habitée par la suite par des Austronésiens, des Bantous, des Arabes, des Européens et des Hadrami. Ainsi révèle les manuscrits en écorce dits sorabe – mot issu du terme soratra qui est antérieur aux influences arabes et qui veut dire en Indonésie écriture ou dessins – et qui servaient dès le XIème siècle d'aide-mémoires, de répertoires d'incantations, de lois et de règles d'astrologie aux arabico-malgaches. Pour dire, que tous ceux qui naissent là-bas sont des esprits. Esprits parmi les esprits.

Une légende obscure et vaine nous rallie
race éteinte d'Emyrne au bois découronné
à l'archipel lointain de la Polynésie

Extrait de Volume de Rabéarivelo

Jean-Joseph Casimir Rabearivelo. Né en mars 1901 à Tananarive d'une fille mère ou selon les propres termes du poète, d'une « femme-enfant » de la caste noble des Zanadralamba d'Ambatofotsy. Après être renvoyé du Collège Saint-Michel pour avoir refusé de prendre part aux services religieux, il fut scolarisé, malgré le peu de moyens de sa mère, dans une école privée. Si à la maison il était bercé par les hain- teny (poésies malagasys considérée comme étant la clef de la culture malagasy) que lui chantaient sa mère, « Quels livres as-tu lus, /en dehors de ceux qui conservent la voix des femmes/et des choses irréelles ? » À l'école il était surtout penché sur les poèmes de poètes tels que Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ...
Mais bien que ses amours pour le français et la poésie fussent fortes, il abandonna l'école à 14 ans. Néanmoins, dans cette même année 1915, il manifesta un don pour la poésie ou pour rester dans notre contexte malagasy, se réveilla désormais en lui les esprits de l'île Rouge. Et publia un poème en malgache sous le pseudonyme K. Verbal dans la revue Vakio ity. Fier de sa culture et de ses origines nobles, il fut le plus grand défenseur du hain-teny et le plus grand poète de la deuxième génération du hain-teny à savoir la génération par l'écriture.


Ta gorge est sèche, tes yeux s'enflamment ;
et voici que tu vois, au-delà de ce que voient les hommes,
tous les Tropiques :
voici des makis parés comme des mariés ;
leurs quatre mains sont chargées de régime de bananes,
et chargées de fleurs jamais vues par ceux qui ne sont pas des gens
et, parmi leur voix heureuse de se baigner au soleil,
voici tout le tumulte des cascades.

Fièvres des îles (Presque-Songes 1935)

Autodidacte, Rabearivelo apprit seul le français et l'espagnol. Et fit ses premiers pas en littérature francophone en écrivant, en 1921, sous le pseudonyme Jean Osmé une pièce de théâtre (Jean Osmé) et des vers imités des poésies classiques français. D'ailleurs, dans une lettre écrite le 14 septembre 1921 adressait à Lucien Montagné, chef du district d'Ambatolampy entre 1919 et 1923, Rabearivelo mit se dernier dans la confidence, en lui avouant qu'un poème paru le 24 mai 1921 dans le Journal de Madagascar intitulé le Couchant était de lui. Etant donné que le Couchant fut le premier écrit en français publié par un Malgache. Dans la même lettre pour Lucien Montagné, il joignit un poème intitulé Ambatolampy dont il demandait à l'administrateur de le faire lire en public. « Je vous prierai de faire réciter à la prochaine inauguration que vous préparez et que Tananarive attend avec impatience (...) car ils [vers] sont à dire et non à mimer. »



Ambatolampy

Tu sembles nous sourire au milieu de tes fleurs,
Au milieu de tes bois pailletés de fleurs jaunes,
De tes larges forêts où les Nymphes, les Faunes,
Par les bruits des bois morts, laissent des cris siffleurs

(...)
Tu me sembles en rêves dans tes vastes taillis,
Qui cachent en leur sein tes tombeaux de Napées,
Où la lumière ne luit que par échappées
Pour attrister encor ces monuments vieillis ;

(...)
Salut, Ambatolampy ! O pays deux fois plus saint,
Pays d'antiquités qu'ennoblit la Pomone !
Le poète te quitte en tressant ta couronne
Avec l'épi d'or dont ton alentour est ceint !

Trive, le 13-09-21 Jean Osmé


Des poèmes influencés par les symbolistes et les parnassiens. Mais une écriture toujours en quête de soi. Le poète se cherche dans l'écriture mais cherche aussi à valoriser le patrimoine culturel malagasy. Cela dit, Rabearivelo était ou fut le poète de la continuité. Ou tout simplement le fidèle défenseur du hain-teny : un style poétique dont le langage n'est compréhensible qu'aux Malgaches. Dans toute sa vie de poète, d'ailleurs, il s'est évertué à inventer une manière malagasy d'écrire en français. Autrement dit, il rompit d'avec la littérature traditionnelle au profit d'une littérature de création : vers libres et vers blancs.

Trop nostalgique du passé, il était, comme tout malgache fasciné de la mort. Il est aussi à savoir qu'à Madagascar où existe le famadiana (culte des morts), un mort est plus respecté et craint qu'un vivant. D'ailleurs même le poète-président Léopold Sedar Senghor disait qu'à en Antanarivo « se côtoient les vivants et les morts ». En 1924, après avoir enchainé des menus métiers comme collaborateur au Journal de Madagascar, hebdomadaire bilingue, il devint correcteur bénévole les deux premières années puis salarié à l'imprimerie de L'Imerina dirigée par Louis Dussol. Et en compensation à un salaire dérisoire, l'imprimeur publia en tirage limité la plupart de ses recueils de poèmes à l'instar de La coupe des cendres (1924), Sylves (1927), Volume (1928), Enfants d'Orphée (1931), Presque-Songes (1934), Traduit de la Nuit (1935), Imaitsoanala (1935) et Chants pour Abéone (1936)". Presque-Songes (1934), Traduit de la Nuit (1935), Imaitsoanala (1935) et Chants pour Abéone (1936).

Ce qui se passe sous la terre,
Au nadir lointain ?
Penche-toi près d'une fontaine,
Près d'un fleuve
Ou d'une source :
Tu y verras la lune
Tombée dans un trou,
Et tu t'y verras toi-même,
Lumineux et silencieux,
Parmi les arbres sans racines,
Et où viennent des oiseaux muets.
Traduit de la nuit (1936)


Il épouse en 1926 Marguerite Razafitrimo, qui lui donnera cinq enfants. Et Trop rattaché à la culture occidentale, il faisait venir à grand frais des livres de France, correspondait avec des intellectuels français, traduisait en malgache Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Rilke, Whitman, Tagore ...En 1932, il publia dans une revue autrichienne Antropos une étude sur la poésie malagasy. En 1935, Voahangy, sa fille préférée meurt à l'âge de 3 ans. Il commença à sombrer dans l'alcool et l'opium et à s'identifier à Baudelaire et à son malaise intérieur. En 1937, raclé de dettes, il se retrouva dans la misère totale. Agacé par sa situation matérielle mais aussi par le fait que l'administration coloniale ne lui avait jamais permis de partir en France , un rêve qu'il avait toujours nourri , il se donna la mort le 21 juin 1937 après avoir envoyait la veille des lettres d'adieu à ses proches . Un suicide dont il nota les étapes dans un Calepin bleu. Aujourd'hui la bibliothèque de celui qu'on considère comme le premier poète africain moderne est déposée à la Bibliothèque Nationale Malgache à Ampefiloha et un lycée et un centre culturel de Tananarive porte son nom.


A l'âge de Guénin, à l'âge de Deubel,
un peu plus vieux que toi, Rimbaud anté-néant,
parce que cette vie est pour nous trop rebelle
et parce que l'abeille a tari tout pollen,
ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,
et, couché sur le sable ou la pierre, sous l'herbe,
fixer un regard tendre
sur tout ce qui deviendra quelque jour des gerbes.

Rabéarivelo








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# Posté le vendredi 03 juillet 2009 05:09

Nahariat

Nahariat
Ses yeux étaient embués de larmes. Il avait mal un peu partout. Au dos. A la tête. En plus, de sa fracture du poignet. Son sourire intarissable et l'humour de ses propos contrastaient avec son état de santé. Il devait rester alité trois mois. Pourtant, il n'avait gardé que deux jours le lit, et déjà il en avait assez. C'était un jeune très distingué, mais aux manières très efféminées. En vrai, n'est-on pas que ce qu'on accepte d'être ? Des corps. Un cri. Un envol... Mais l'important ne serait-ce : Savoir être que ce qu'on est. Et savoir donner que ce qu'on a.

Nahariat, assise auprès de lui, le couvait des yeux. Elle savait bien que l'humour de son ami était juste pour qu'elle ne se fît pas du souci. Nahariat l'aimait bien. C'était son ami de toujours. Lui, il avait promis au père de Nahariat, qu'il allait veiller sur sa fille. Jour et nuit. Lui, il avait promis au père de Nahariat qu'il allait tout faire pour que sa fille gardât sa virginité jusqu'aux épousailles. Pour qu'elle pût consommer son mariage comme une reine. Comme la reine de Sabbat. Lui, il la protégeait des dragues des jeunes garçons du quartier. Lui, il rendait toujours la pareille aux gens qui s'en prenaient à Nahariat. Sa protégée de toujours.

Celle-ci, Nahariat, passait son temps à le consoler puisque toute sa vie, il n'avait fait que courber la tête devant les reproches de sa famille. Et dans le village, tous les villageois, daubaient sur lui.

Ces mêmes villageois avec qui ils forniquent toujours ensemble. Ils se souillent. Ensemble.

- Il faut que tu partes. Pars à Mayotte où tu auras des soins en tant que tels. Pars à Mayotte surtout pour te mettre à l'abri de ces oiseaux de mauvais augures. Pars ...pleura Nahariat.
- Nahariat, je n'irai nulle part avant ton mariage. Je reste là pour veiller sur toi. Quant à ces cuistres, laisse-les papoter. Qu'ils disent que je suis sidéen ou je suis sous l'emprise des djinns ...
- Mais ils ont dit qu'ils iraient au-delà du lynchage dont tu es la victime. Ils se sont convenus qu'ils allaient t'immoler ... pleura encore une fois Nahariat.
- Ils n'oseront pas.
- Mais tu disais pareil pour le lynchage. Tu disais qu'ils n'allaient pas oser.
- Mais Nahariat, si je pars, tu resteras avec qui ? Qui veillera sur toi ?
- Mon père ! Certes, il est vieux. Mais il saura bien prendre soin de moi. D'ailleurs, il s'est toujours bien occupé de moi depuis la mort de maman. Ne l'oublie pas.
- Mais pour partir il faut avoir de l'argent. Les passeurs ne vont pas m'embarquer à bord de la barque sans que j'ai payé.
- Ne t'en fais pas pour l'argent. Je sais où en trouver. Sinon, ne bouge pas, j'arrive. Et Nahariat se retira soudainement de la chambre de son ami.

Une heure plus tard.
Le soleil se couchait quand Nahariat fut devant la maison de Sitti. Sitti était belle. La trentaine. Blanche de peau. De moyenne corpulence. Et surtout célibataire. Nahariat frappa à la porte. Sitti ouvrit. Et gratifia tout d'abord Nahariat d'un sourire angélique avant de l'inviter à entrer.

Nahariat et Sitti s'entendaient très bien. Chaque fois que Nahariat passait devant la maison de Sitti, cette dernière lui donnait des étrennes. Et lui disait qu 'elle la considérait comme sa fille. Parce qu'à son âge, elle aurait bien pu avoir une fille de douze ans...

Nahariat aussi, aimait bien Sitti.

- Nahariat, dis-moi. En quoi puis-je t'aider ? demanda Sitti .

Nahariat resta d'abord silencieuse. Elle avait toujours l'habitude de rester dans l'expectative avant toute réaction... D'ailleurs ce ne fut qu'après cinq minutes que soudainement les propos qui couvaient depuis sous ses cendres buccales finirent par se manifester. Timidement, elle parla à Sitti de son ami malade. Et lui demanda de lui avancer de l'argent. Timidement.

Sitti resta silencieuse un moment. Puis, avança :

- Je ne vais pas te prêter de l'argent. Désolée, Nahariat. Par contre, je vais t 'en donner. L'ami de Nahariat est tout aussi mon ami, n'est-ce pas ?

Nahariat toute heureuse fit un sourire. Avant d'embrasser Sitti longuement. Elle était heureuse. Sitti aussi.

Mais au fur et à mesure que les embrassades se prolongeaient Sitti eut des fourmillements dans les jambes. Elle ne pouvait plus se contenir. Et de fil en aiguille, elle donna des baisers à Nahariat. Elle lui tripota le fessier. Nahariat ne comprenait absolument rien. Mais instinctivement, elle se laissait faire. Son sang s'était glacé. Sitti lui enleva d'abord la casaque pour lui téter les pointes des seins. Sitti lui retira la jupe après pour lui lécher le clitoris. Pendant ce temps Nahariat émettait des cris à peine étouffés. Saphisme. En fin, Sitti s'apprêtait à introduire une verge en caoutchouc dans le vagin de Nahariat quand les flammes léchassent et réduisissent en cendres sa maison en tôles ondulées.

En fait, les villageois avaient mis Sitti à l'index depuis fort longtemps. Mais ils voulaient avoir des preuves avant toute réaction. Et cette nuit-là, l'oreille collée à la porte, Saïd avait tout entendu. Donc ils avaient cette nuit-la la preuve si attendue. C'était la raison pour laquelle ils avaient tenu la dragée haute à Sitti et Nahariat.

- Abou, je crois que tu te trompes. Nahariat est morte de choléra. Sitti aussi. fit l'infirmière à Abou , qui était grabataire . Et avait une main en écharpe.
- Mais j'étais là quand ils ont brûlé la maison de Sitti. Ils les ont assassinées. Je vous le dis ! D'ailleurs, c'était en voulant aller voler à leur secours, qu'ils se sont tous jetés sur moi. Ils m'ont tabassé ces fous. Ces scélérats.
- Abou, tu ne me laisses pas le choix. Je suis obligé de te donner encore une fois du somnifère. Je crois que seul le sommeil te fera reprendre tous tes esprits. dit l'infirmière. Tristement.
- Mais je vais bien.
- Si tu allais bien, tu saurais que tu es là parce que tu es tombé d'un arbre.

Abou se tut. Soudainement. Versa des larmes. Amèrement.
Après que l'infirmière lui ait donné le somnifère, il lui dit :
- Ferme la porte derrière toi !

# Posté le vendredi 10 avril 2009 11:42

A fleur de c½ur

A fleur de c½ur
Au pangahary, un enfant chantait au rythme du sanza

Un bruit sourd dominait l'intérieur du taxi-brousse. Un vieux barbu vêtu d'un haillon égrenait un chapelet. Et fredonnait des sourates du Qoran. « Bismillah ! Bismillah ! Bismillah !... »A sa gauche, une jeune femme grassouillette. Elle allaitait un nouveau-né et lisait à voix basse un livre de fiqh. Derrière eux, des politiciens en chambre. Ils critiquaient le PRESIDENT. Et le traitaient de tous les noms. Quand tout à coup, leur discussion faillit se terminer en pugilat. Ils s'étaient retournés les uns contre les autres. Ce revirement avait déclenché l'hilarité générale. L'atmosphère était nauséabonde : pieds puants, cigarettes, aisselles...Tel un boutre, les yeux des passagers se tournaient un peu partout. Tel un boutre qu'on avait amarré au bord d'une rive à marée haute. . Elle, elle était silencieuse. Ce beau brin de fille, dont les yeux brillaient d'amour, était silencieux. Elle venait tout juste d'avoir quinze ans. Vraie houri qu'elle était...

Domoni était encore loin – à une heure de route. Domoni. Cité millénaire. Domoni, où sont arrivés pour la première fois les chiraziens. Domoni : témoin alerte d'une longue histoire arabo-bantoue, à jamais éventée de conflits sanglants, comme ceux des sultans batailleurs et de la jacquerie qui avait à sa tête Tumpa, le roi esclave. En fait, il y a longtemps de cela, en vrai leader, Tumpa avait pu réunir 7000 esclaves contre le sultan de Domoni. Ensemble, ils avaient réduit Domoni à feu et à sang... Domoni de la reine Halima II. Domoni des citadins passéistes. Domoni des ascendants esclavagistes. Domoni des fils d'esclavagistes. Domoni était encore loin...

Et pour tuer le temps, elle s'était mise à se souvenir du jour où elle avait vu pour la première fois son petit copain. C'était un dimanche soir. Après un tari, danse traditionnelle féminine. Elle attendait sa mère sous un bougainvillier, quand son futur petit ami qui était sorti de nulle part se mit devant elle. Le tombeur. Elle avait une mine réjouie. Comme d'hab. Ses yeux brillaient d'amour. Vraie fatma qu'elle était... Lui, il lui fit briller la félicité si elle devenait sa petite amie. Il puait l'alcool. Il puait le joint. Lui. Qui avait pu résister à cet adonis fraîchement expulsé de Mayotte faute de carte de séjour. Mayotte. L'eldorado. En fait Mayotte est pour l'Anjouanais, ce qu'est Marseille pour le Grand-comorien. Un eldorado. Certainement, elle ne l'avait pas éconduit. En effet, -et secrètement- depuis ce soir-là ils avaient filé le parfait amour jusqu'au jour où elle s'était rendue compte qu'elle était tombée enceinte.

Au pangahary, un enfant chantait au rythme du sanza.

Le taxi-brousse arriva finalement à Domoni. Son petit copain l'attendait derrière le Grand marché. Il s'était assis avec des bambins squelettiques et ventrus qui vendaient du fagot. Des bambins qui venaient de Koni Djodjo. Un village pas loin de Domoni. Quelque part, on ne sait où Kaka faisait les cent pas. Comme d'hab. Quelque part encore, le chien du Directeur de l'aviation civile rôdait. Et quelque part ...Et un homme alla vers un autre. Et le diable se fit homme. Et dieu se fit femme. Eternelle dispute. Antinomie...
...Dès qu'elle le vit, elle courut se jeter dans ses bras.

- Salut ! Je t'ai manqué j'espère ? demanda t-elle .

Lui, il répondit par une pirouette. Elle insista. Et lui noya le poisson ... Il l'aida à amener son sac à dos. Ils prirent bras dessus bras dessous la première route à droite. Celle qui est en en face du mausolée.


Une heure plus tard.
Chez le médecin.
Après maintes questions, ils apprirent du médecin que le f½tus avait deux semaines. Elle, elle était allongée sur une table. Les jambes grandement ouvertes. Elle était sous anesthésie quand le médecin lui a introduit le spéculum. Toutefois, chaque fois que le médecin grattait avec une cuiller son utérus, elle émettait des petits cris. Des tous petits cris. A sa droite, un sachet rempli de caillots. De bribes de vie. Son petit copain lui tenait la main. En guise de soutien. Il avait éclaté en sanglots. Versé des larmes. Le petit copain. Elle, à bout de forces, s'évanouit.

Au pangahary, un enfant chantait au rythme du sanza

A son réveil, le médecin lui dit :
- Ton petit copain a déjà payé le service. Et il est parti faire un petit tour histoire de se dégourdir les pieds.

Elle, ses yeux brillaient d'amour. La fatma. En fait, à force d'attendre, les douleurs abdominales redoublaient de férocité. Elle avait sacrément besoin de dormir. La houri. Alors, il avait fallu qu'elle partît chez son petit-copain. Mais à son arrivée, une femme lui annonça :

- Ce vantard a déménagé à la cloche de bois. D'ailleurs, tu es la troisième fille qui vient en cinq minutes le demander. Ne me dites pas que vous êtes toutes de seconde main !

Elle avait attendu la nuit pour s'ouvrir les veines. La houri. La fatma. « Paix à ses cendres », commanda une voix.
Jérémiades.
« Paix à ses cendres ! ».


* A dire vrai, la femme avait menti. Sale menteuse ! Rabat-joie qu'elle était ! En fait, le petit ami était en train de baiser avec une fille de Domoni quand quatre jeunes personnes avaient défoncé sa porte. Entrées dans sa chambre. Elles avaient tout d'abord passé à tabac la jeune femme. Tel un maître du Qoran tabasse ses disciples. La jeune femme, cette jeune femme, issue d'une bonne famille de Domoni n'avait pas le droit de se souiller avec un broussard. Un descendant d'esclaves. Encore moins, un sans argent. Une jeune femme de bonne famille se marie avec un jeune homme de bonne famille. Et un broussard se souille avec une broussarde. Rien de plus. Rien de moins. Telle est la vie sous la Lune. Et quant au petit ami, elles l'avaient tout d'abord sodomisé. A tour de rôle. Avant de lui enfoncer une tige de feuille de cocotier sèche dans l'urètre. Pratique centenaire pour consommer une vengeance ou laver une offense...

Et au pangahary, un enfant avait cessé de chanter au rythme du sanza.


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# Posté le vendredi 10 avril 2009 11:34

Opuscule

Opuscule
C'est le sommeil qui fait la poésie,
Jeune fille avec un seul grand bras paresseux ;
Déjà le rêve t'a saisie
Et plus rien d'autre ne t'intéresse.
Jean Cocteau. Opéra.

Essaye de comprendre, essaye de connaître, en tout cas aime. Ouvre tes yeux à la beauté du monde et ton âme au mystère, et quand tu auras compris, explique à tes frères.

Termier




À ma terre, à mes îles-lune...




Prologue

1) Le soleil
ne doit pas se lever
avant que mon rêve
ne s'achève

2) Les étoiles
tout comme la lune
brillent
seulement pour s'éteindre

3) Ce tas de gravats
provient de la démolition
de la voix aphone du griot

4) Dieu
n'est que la dernière représentation
que le nouveau-né
s'est fait de son placenta

5) Dehors
la pluie tombe
dehors
les plantations poussent
pourtant dehors ce pays reste un désert

6) Le poète
c'est cette partie de Dieu
qui en avait assez de solitude et d'orgueil

7) les plus belles fleurs du monde
les plus beaux effluves du monde
ne changent pas un cimetière en autre chose

8) Du haut du minbar
un djinn cacochyme
s'improvise
muezzin
. Et sa voix
tels les muqarnas
passe au crible
des mensurations
dont l'epithélum
s'est enflammé

9) Je crie pour traduire
le dernier soupir
d'un macchabée

10) Qui écrit sur le sable
confie con épître aux vagues

11) Partout
dans cet archipel
des murs asilaires
se sont érigés

- Ne crois plus à tes yeux
ils ont beaucoup pleuré
pour être crédibles

12) autisme


Chapitre premier


1) Pour que ma traversée nocturne
finisse
la nuit doit être longue
- Et je le sais !
La sourate doit enrouer le coq
La qasida doit bâillonner le muezzin
- Je dois recouvrir ma liberté !

2) La raison d'être
de la vie
c'est de nous séparer
Et la mort
sa raison d'être
c'est de nous rassembler.

3) Le bout du monde
est à chaque naissance
d'un arbre

4) L'homme a gratté à la porte de Dieu
le Dernier a ouvert
l'homme a longuement supplié Dieu
- Cessez de faire de moi un être incréé !
Dieu a consenti et a dit à l'homme :
« - Bien je vais t'offrir une âme et une terre ».
Mais c'est arrivé sur terre que l'homme s'est rendu compte
qu'il était offert à l'âme et à la terre.

5) Dans mon monde
c'est moi l'unique Dieu

6) Désolé
Si je me suis épris de la mort
la plus belle ½uvre
créée par Dieu
après le ciel étoilé

7) hallali

8) Celui qui croit
dominer le monde
et lui-même
dominé par son monde à lui.

9) Le c½ur du monde
se trouve
dans le premier regard
du nouveau-né

10) Je flâne
dans des épars bordels à ciel ouvert

11) Considère ma qasida
comme une énurésie
et demain
considère ma mort
comme un estuaire
: une fleur tristement belle

12) Au bord de la rivière
un bambin
nu-pieds
ventre ballonné
nu
croque une mangue
- Il a des fourmillements dans les jambes.

13) Un livre s'ouvre
un enfant accourt...
et la pluie tombe

14) Ils ont dessiné le monde
à leurs goûts.

15) Chaque naissance
c'est un monde qui se crée
Chaque naissance
c'est un monde qui s'écroule
16) Non !
mon frère n'est pas un small-soldier
mon frère est seulement un enfant
qui joue au grand

17) : au commencement
ce fut une orogenèse
puis un feu d'artifice
puis des orgues vengeresses
puis des caravelles

18) autarcie

19) Un hibiscus germe
une fleur éclot
et ces îles restent toujours oublieuses

20) Y a-t-il combien de temps
depuis qu'on se rejette les fautes
les uns sur les autres
Y a-t-il combien de temps
depuis que nos mains
ne servent qu'à déplumer la colombe
et nos c½urs qu'à empester l'air

21) A chaque malade
le toubib prescrit
un suaire

22) Sous les yeux
de sa vielle mère
un bambin tient dans la main
une fougère pour capter
l'air frais des oasis
- Mais de quels oasis ?

23) Il n'y a pas de grands poètes
il n'y a que de mauvais rêveurs
et de grands frustrés
Ceux qui lèchent la baïonnette
tout en croyant garder un c½ur d'humain
Et ceux qui se jettent dans la baïonnette
pour boire dans le verre du tyran

24) Paix !
N'écoute plus ton c½ur
anémique comme il est
n'est plus digne de foi
alors « Paix ! »


Chapitre deuxième

1) Allah est parti.
Et à travers l'hidjab
dans lequel on a enseveli nos îles-lune
suintent des sourates eschatologiques.

2) Dans mon rêve ,
je reçois une ondée d'ombres

3) Dans l'espace
les postillons du griot refluent ;
sa voix inhibée
par le mufti
loucheur
pour la pérennité des man½uvres du fandouk littoral
- dans la médina, Caïn-et-abel s'empare de la drisse
. Pigeons. Hadith qui se consument. Rastaquouères : décide.

4) Mon père était beau
la mort l'a enlaidi
ma mère sentait bon
le champ l'a enrobée de désespoir

5) Dehors
le vent souffle
et je n'arrive toujours pas à fermer l'½il

6) acuité visuelle

7) La femme
c'est comme Dieu
pour l'avoir
il faut s'incliner devant elle

8) Eole

9) Qui a baraka, a écueil

10) Orcus

11) Encore la pluie
Encore la pluie
Encore la pluie
Encore la pluie

12) Je flâne
dans le plus beau charnier du monde

13) mahdi

14) Une feuille tombe sur elle-même
et son bruissement dans les bois morts
agonise derechef

15) Seuls les lémures
connaissent les secrets de par-delà les rivages

16) Toute charia
sans lucidité
est satanique
: au lieu de voir la putain
tu aurais du voir la femme
au lieu de voir la putain
tu aurais du voir
cet être qui vole naturellement
au secours des autres.

17) Qui écrit sur le sable
confie son épître aux vagues

18) Ici
la misère a étrenné l'humain

J'exige que le silence se taise
et que la voix s'élève

19) Clic !
les régates ne commettent pas
de régicide rond-point
des ombres abyssales le diable –
dieu des hommes- a aussi un c½ur
mais
seulement il est en pierre

Clac !

20) Mon pays est une âme
habitée par les souffles
des dinosaures et des géants

21) Le mort aimerait bien souffler
mais seulement il a peur d'interrompre
sa conversation avec Dieu-
dieu des âmes-

22) Je m'offre à Satan
pour que Dieu
me voit d'un bon ½il

23) Les arbres
les monts
et les hommes
ne se parlent point
seulement parce qu'ils se jalousent !
Les vents
qui ne sont autres
que les sanglots de Dieu
et la mer, ses larmes ,
m'ont appris que
c'est parce qu'ils se disputent la terre.

24) Mon rêve me transperce le c½ur
mon rêve me fait vivre
mon rêve me fait marcher en écrevisse
depuis Salomon.
Mon rêve
Me rend schyzo

25) Dehors
le soleil ne brille plus
et les corps sont orphelins
de leur ombre

26) Loin très loin
dans ce champ onirique
un dément s'écrie :
« avance fils
avance vers le mihrab du matamore
avance fils
avance et écoute
la qasida de la misère déifiée ».

Epilogue

1) Pour créer mon souffle
Allah s'est inspiré d'un kitsch

2) Le jour que je n'aurai
plus de c½ur
ils se disputeront du corps
de crainte que je hante leurs âmes
Mais vindicatif comme je serai
je bouderai leur formol
pour enfin répandre le choléra
la peste et la mort

3) Ce que le mythe défait
l'histoire le refait
- Maintenant je sais
avec fierté
que mes aïeuls étaient loin
d'être arabes
Ils étaient bantous !

4) J'entends
dans l'infinité de la nuit
sourdre des qasidas
- mon existence
n'aura de sens
que si je remontais La Porte du non Retour

5) Par une saison de patates douces
le coq souffla dans le cor
et l'ondée extirpa le village du sommeil
et sous le vieux baobab
les femmes se trémoussaient
au rythme de leur pagne

les hommes tapaient des pieds
tout en brandissant leur sagaie
et les bambins tout nus
chantaient au gré des sanza et marimba

uhuru
chakula
kaka

chez soi
c'est l'empyrée
chez soi
c'est les deux bouts
du monde

uhuru
chakula
kaka

Le vieux Sage
fit un signe de la main
et tout le monde se tut
et le conte naquit du tréfonds
de MERE AFRIQUE
« Il était une fois
pas loin de la savane
un rhinocéros et une fourmis
se disputaient une bûche
chacun prétendait être
le premier à l'avoir trouver
et que c'était l'autre
qui cherchait à mette le grappin
sur elle
La fourmis : Je l'apportais sur la tête
quand tu t'en ai emparé
Le rhinocéros : Non, tu mens. Quand, je suis arrivé ici ,
il n'y avait personne. A part la bûche.

Sur l'heure , la fourmis proposa .
La fourmis : Coupons la bûche en deux
Et que chacun prend la moitié

Mais comme le rhinocéros
voulait la bûche à lui tout seul
Il décida d'immoler la fourmis .
La fourmis : Me réduire en cendre
ne me ferra pas disparaître
mais au contraire me rendra plus fort .

Mais le rhinocéros ne voulu rien entendre
Il immola la fourmi et garda
la bûche pour lui tout seul .

Mais par miracle
des mois après
les cendres de la fourmis
devinrent un gros baobab .
Et par un beau matin d'été
quand notre rhinocéros passait
tout près du baobab
le baobab laissa tomber
une de ses grosses branches
sur le rhinocéros
et la tua .

- La morale :
« Ce que le mythe défait
l'histoire le refait »

et au gré d'une salve d'applaudissement
les bambins chantaient au rythme des sanza et marimba



uhuru
chakula
kaka

chez soi
c'est l'empyrée
chez soi
c'est les deux bouts
du monde

uhuru
chakula
kaka

Mais avant que la nuit tombât
les premiers négriers
avaient souillé
MERE AFRIQUE .

6) qui écrit sur le sable
confie son épître aux vagues

7) seul le vent
détient le secret de cette genèse
-Mais de quel vent tu parles ?
- La brise ?
- Elle est très large
mais taciturne.

- la tornade ?
- Elle, elle est loquace
mais avare.

- Mais de quel vent alors ?

8) – Je ne sais pas s'ils vivent
- Est-ce qu'ils respirent encore ?
- Bien sûr qu'ils respirent encore ?
- Donc, ils sont en vie
- Mais respirer n'est pas
synonyme de vie !
Si tel était le cas
les lémures seraient des nôtres.

9) Allah
a construit le monde
de briques d'onirisme

10) Bien sûr
que chez moi
un ½uf peut prendre
dans ses bras
un autre ½uf
...pour l'ascension
pour la survie de la famille.

11) androphile

12) le secret du monde
se trouve dans le c½ur du nouveau-né

13) En cherchant à comprendre le monde
on finit par se comprendre soi-même
l'homme n'est rien
face à l'espace et au temps

14) Ne suis pas tes oreilles
elles sont trop bouchées
pour être crédibles.
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# Posté le mercredi 24 décembre 2008 06:06
Modifié le mercredi 04 février 2009 03:28

AYZD : un poète au c½ur des bidonvilles de Moroni

AYZD : un poète au c½ur des bidonvilles de Moroni
Rappeur prodige, certes. Fin manipulateur de rimes conscientes, sûrement. La preuve, la voix de ce jeune rimbaldien du rap comorien – qui aime bien vivre dans l'ombre tel un poète maudit du 19ème siècle- a une longue portée. Mayotte, Tanzanie, Moroni, Sarcelle, Plan Dao, ces textes crus qui osent parler de la misère et des déviances des jeunes dans les quartiers, émeuvent et décrassent un large auditoire. Génie à l'état pur, reste le moins qu'on puisse dire de lui, puisque au jour d'aujourd'hui personne n'avance le contraire.

Six heures du matin. Zone rouge. Ainsi, sont baptisés les quartiers Sans-fil et Oasis par AYZD. D'ailleurs, dans ces quartiers, on voue à ce jeune rappeur, qui n'a que 30 ans, une vénération digne d'un parrain d'une mafia sicilienne. Si dans la plupart des quartiers de Moroni, après l'aube, les chaînes stéréo émettent des versets de Coran, dans la Zone Rouge d'aucuns se réveillent au rythme des morceaux de AYZD.

« C'est toujours la même musique, donc çà sera toujours la même danse. A chaque lever de soleil, tu as toujours l'impression que c'est la première matinée de ta vie », nous a-t-il lancé, le jeune rappeur, dès qu'il nous a vu, pour essayer de savoir si nous aussi nous avons remarqué que le mal-être collectif perdure dans ce pays qu'il voit comme « un paradis en enfer ». Cheveux tressés, une de ses deux filles dans les bras, et, sa femme, Queen Hoo, auprès de lui. « J'ai connu le rap à la fin des années 80. Et tout de suite, je suis devenu fanatique. En 1995, avec des potes de mon quartier Irougoudjani, on s'est constitué en groupe. Lyrical Mafia, était son nom. Et « Tout est gourré » fut notre premier tube. »

En effet, au travers de toutes ses chansons AYZD dénonce la mauvaise gouvernance. Surtout, il revendique la dignité de tout un chacun. Dans les bidonvilles de Caltex et Oasis où il vit, la misère crève les yeux. D'ailleurs, selon lui, « si dans ces quartiers les jeunes se sont retournés vers la drogue et le sexe, c'est seulement pour oublier ce qu'ils vivent ». « Bordel », une des chassons qui cartonne en ce moment, ne parle que de cette délinquance tolérée.

« Comme tout le monde, j'ai pris la barque de l'espoir en 2001 pour Mayotte. Dieu merci, j'ai eu la chance que de milliers de gens n'ont pas eu. Paix à leurs âmes. Mais là-bas, je ne suis resté que 9 mois. Je m'étais interdit de voler ou de braquer des maisons comme mes d'autres le font là-bas pour pouvoir survivre », nous a-t-il confié. Toutefois, s'il y a un rappeur qui a fait parler de lui dans l'île Hippocampe, qui était au top, c'est sûrement AYZD.

Dans toutes les fêtes, dans tous les concerts, de la Grande-Terre et de Petite-Terre, le jeune AYZD mettait le feu. Dans les rues, surtout celles de Kavani, Mamoudzou, où il habitait, les bambins fredonnaient à longueur de journée les refrains de ses chansons. Il a appartenu un temps au célèbre groupe de rap de Kavani, Garde Impériale.

Entre 2005 et 2006, il est parti deux fois en Afrique continentale. Et de Tanzanie l'Ouganda, en passant par le Burundi, il a pu découvrir la vraie culture Hip-hop et s'aguerrir auprès de grands noms de la culture rap de ces pays non francophones. D'ailleurs, il y a peu, une de ses chansons « Vungudza mwendo » a été parmi les meilleurs tubes du hit-parade tanzanien.

« Mon rap est une rafale de mitrailleuse contre ces politiques. Et une eau bénite pour les jeunes. J'essaie à l'aide de mes rimes de conscientiser les uns et responsabiliser les autres. Le fait qu'ils m'en veulent ne me fait ni chaud ni froid. Je suis un artiste et je fais mon boulot », a conclu Azad Ali Moustakim alias AYZD, dans l'entretien qu'il nous a accordé.

En tout cas, AYZD persiste et signe dans sa voie. Et tant que les choses n'auront pas changé dans le pays, sa voix se refuse de tarir. Et nous, nous l'engageons de milles feux, car des artistes engagés aux Comores, il n'y en a pas beaucoup, comme on en a connu par le passé à l'exemple de Boule, Abou Chihabi et autres.
# Posté le lundi 11 août 2008 05:01