47 La pièce de Raharimanana

47 La pièce de Raharimanana
Dans le cadre D'encre et d'exil . 9èmes rencontres internationales des écritures de l'exil
Raharimanana revient dans cette pièce sur une période de l'histoire, entre Madagascar et la France. Dans un court texte incisif, il « nous interroge sur les rapports entre colonisés et colonisateur, entre pouvoir actuel et passé, sur le silence de part et d'autre, sur l'écriture de l'histoire par le Nord et la nécessité d'interroger cette histoire par le Sud.» Et ce très grand écrivain raconte une « histoire » poignante, chargée d'une incroyable émotion. Pour la première fois à Paris !

Samedi 28 Novembre à Paris
Centre Pompidou – Petite salle – Niveau 1

19h - Table ronde : du politique au poétique
Avec Neil Bissoondath, Salim Hatubou, Jean-Luc Raharimanana et Mehmet Yashin.
Animée par Catherine Pont-Humbert.

21h30 - Spectacle : 47
De Raharimanana (d'après Madagascar 1947, essai et photographies du Fonds Charles Ravoajanahary, Vents d'ailleurs /Tsipika 2007).
Mise en scène : Thierry Bedard, Cie Notoire, Cycle "de l'étranger(s)".
Avec : Romain Lagarde et Sylvian Tilahimena.
(Création Centre Culturel Albert Camus, Tananarive, Madagascar, 19 et 20 septembre 2008)
PS: Passez le mot
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# Posté le jeudi 12 novembre 2009 05:24

Oraisons vespérales/Nouvelle parution

Oraisons vespérales/Nouvelle parution
Bonjour à tous !
Je vous annonce que mon receuil de poèmes Oraisons vespérales qui vient de paraitre chez l'harmattan peut se commander en suivant ce lien : Commande .
Bien à vous
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# Posté le lundi 19 octobre 2009 01:09

Rabearivelo, poète de l'Imerina

Rabearivelo, poète de l’Imerina
Ne faites pas de bruit, ne parlez pas ;
vont explorer une forêt les yeux, le c½ur,
l'esprit, les songes ...

Lire (Presques-songe)

Seul un être issu de cette terre, de cette île rouge comme le soleil au crépuscule, verte comme la lune à l'horizon à l'aube, peut manifester un tel génie. Si l'homme respire l'air que lui offre la terre qui le porte, donc, tel l'arbre et ses racines, l'homme est sans l'hombre d'un doute, le fruit de la terre. Autrement dit, si nul ne peut dissocier l'histoire de l'arbre et de ses racines, donc nul ne peut du coup écrire l'histoire de l'homme sans commencer par parler de celle de la terre. De sa terre. Source de tous les imaginaires. Muses d'entre les muses. Grosso modo, avant de rendre hommage à Jean-Joseph Casimir Rabearivelo et à son génie ô combien sublime, le devoir nous est chargé d'esquisser tout d'abord un portrait de Madagascar. L'« île australe ».

D'aucuns cherchent à véhiculer à tort que l'île de Madagascar s'est détachée à l'ère primaire du Gondwana. A tort puisque la légende veut que Madagascar soit l'empreinte du pied de dieu. Et les quatre îles des Comores et l'île de Nosy-Be les empreintes de ses orteils. En fait, chassé d'Eden avec sa femme Eve, Adam a d'abord foulé l'océan Indien. D'où ce premier pas indélébile. Par conséquent, l'île aux lémuriens est un lieu béni. Et ce n'est pas par hasard, si elle a des fortes ressemblances avec l'Eden. Anciennement habitée par les vazimba, êtres plus esprits qu'humains, Madagascar ou Qomr (de l'arabe Kamar qui veut dire la lune) –ainsi était-elle baptisée par les manalimo (de l'arabe mu'allim qui veut dire savants ou tout simplement navigateurs arabes) – a été habitée par la suite par des Austronésiens, des Bantous, des Arabes, des Européens et des Hadrami. Ainsi révèle les manuscrits en écorce dits sorabe – mot issu du terme soratra qui est antérieur aux influences arabes et qui veut dire en Indonésie écriture ou dessins – et qui servaient dès le XIème siècle d'aide-mémoires, de répertoires d'incantations, de lois et de règles d'astrologie aux arabico-malgaches. Pour dire, que tous ceux qui naissent là-bas sont des esprits. Esprits parmi les esprits.

Une légende obscure et vaine nous rallie
race éteinte d'Emyrne au bois découronné
à l'archipel lointain de la Polynésie

Extrait de Volume de Rabéarivelo

Jean-Joseph Casimir Rabearivelo. Né en mars 1901 à Tananarive d'une fille mère ou selon les propres termes du poète, d'une « femme-enfant » de la caste noble des Zanadralamba d'Ambatofotsy. Après être renvoyé du Collège Saint-Michel pour avoir refusé de prendre part aux services religieux, il fut scolarisé, malgré le peu de moyens de sa mère, dans une école privée. Si à la maison il était bercé par les hain- teny (poésies malagasys considérée comme étant la clef de la culture malagasy) que lui chantaient sa mère, « Quels livres as-tu lus, /en dehors de ceux qui conservent la voix des femmes/et des choses irréelles ? » À l'école il était surtout penché sur les poèmes de poètes tels que Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ...
Mais bien que ses amours pour le français et la poésie fussent fortes, il abandonna l'école à 14 ans. Néanmoins, dans cette même année 1915, il manifesta un don pour la poésie ou pour rester dans notre contexte malagasy, se réveilla désormais en lui les esprits de l'île Rouge. Et publia un poème en malgache sous le pseudonyme K. Verbal dans la revue Vakio ity. Fier de sa culture et de ses origines nobles, il fut le plus grand défenseur du hain-teny et le plus grand poète de la deuxième génération du hain-teny à savoir la génération par l'écriture.


Ta gorge est sèche, tes yeux s'enflamment ;
et voici que tu vois, au-delà de ce que voient les hommes,
tous les Tropiques :
voici des makis parés comme des mariés ;
leurs quatre mains sont chargées de régime de bananes,
et chargées de fleurs jamais vues par ceux qui ne sont pas des gens
et, parmi leur voix heureuse de se baigner au soleil,
voici tout le tumulte des cascades.

Fièvres des îles (Presque-Songes 1935)

Autodidacte, Rabearivelo apprit seul le français et l'espagnol. Et fit ses premiers pas en littérature francophone en écrivant, en 1921, sous le pseudonyme Jean Osmé une pièce de théâtre (Jean Osmé) et des vers imités des poésies classiques français. D'ailleurs, dans une lettre écrite le 14 septembre 1921 adressait à Lucien Montagné, chef du district d'Ambatolampy entre 1919 et 1923, Rabearivelo mit se dernier dans la confidence, en lui avouant qu'un poème paru le 24 mai 1921 dans le Journal de Madagascar intitulé le Couchant était de lui. Etant donné que le Couchant fut le premier écrit en français publié par un Malgache. Dans la même lettre pour Lucien Montagné, il joignit un poème intitulé Ambatolampy dont il demandait à l'administrateur de le faire lire en public. « Je vous prierai de faire réciter à la prochaine inauguration que vous préparez et que Tananarive attend avec impatience (...) car ils [vers] sont à dire et non à mimer. »



Ambatolampy

Tu sembles nous sourire au milieu de tes fleurs,
Au milieu de tes bois pailletés de fleurs jaunes,
De tes larges forêts où les Nymphes, les Faunes,
Par les bruits des bois morts, laissent des cris siffleurs

(...)
Tu me sembles en rêves dans tes vastes taillis,
Qui cachent en leur sein tes tombeaux de Napées,
Où la lumière ne luit que par échappées
Pour attrister encor ces monuments vieillis ;

(...)
Salut, Ambatolampy ! O pays deux fois plus saint,
Pays d'antiquités qu'ennoblit la Pomone !
Le poète te quitte en tressant ta couronne
Avec l'épi d'or dont ton alentour est ceint !

Trive, le 13-09-21 Jean Osmé


Des poèmes influencés par les symbolistes et les parnassiens. Mais une écriture toujours en quête de soi. Le poète se cherche dans l'écriture mais cherche aussi à valoriser le patrimoine culturel malagasy. Cela dit, Rabearivelo était ou fut le poète de la continuité. Ou tout simplement le fidèle défenseur du hain-teny : un style poétique dont le langage n'est compréhensible qu'aux Malgaches. Dans toute sa vie de poète, d'ailleurs, il s'est évertué à inventer une manière malagasy d'écrire en français. Autrement dit, il rompit d'avec la littérature traditionnelle au profit d'une littérature de création : vers libres et vers blancs.

Trop nostalgique du passé, il était, comme tout malgache fasciné de la mort. Il est aussi à savoir qu'à Madagascar où existe le famadiana (culte des morts), un mort est plus respecté et craint qu'un vivant. D'ailleurs même le poète-président Léopold Sedar Senghor disait qu'à en Antanarivo « se côtoient les vivants et les morts ». En 1924, après avoir enchainé des menus métiers comme collaborateur au Journal de Madagascar, hebdomadaire bilingue, il devint correcteur bénévole les deux premières années puis salarié à l'imprimerie de L'Imerina dirigée par Louis Dussol. Et en compensation à un salaire dérisoire, l'imprimeur publia en tirage limité la plupart de ses recueils de poèmes à l'instar de La coupe des cendres (1924), Sylves (1927), Volume (1928), Enfants d'Orphée (1931), Presque-Songes (1934), Traduit de la Nuit (1935), Imaitsoanala (1935) et Chants pour Abéone (1936)". Presque-Songes (1934), Traduit de la Nuit (1935), Imaitsoanala (1935) et Chants pour Abéone (1936).

Ce qui se passe sous la terre,
Au nadir lointain ?
Penche-toi près d'une fontaine,
Près d'un fleuve
Ou d'une source :
Tu y verras la lune
Tombée dans un trou,
Et tu t'y verras toi-même,
Lumineux et silencieux,
Parmi les arbres sans racines,
Et où viennent des oiseaux muets.
Traduit de la nuit (1936)


Il épouse en 1926 Marguerite Razafitrimo, qui lui donnera cinq enfants. Et Trop rattaché à la culture occidentale, il faisait venir à grand frais des livres de France, correspondait avec des intellectuels français, traduisait en malgache Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Rilke, Whitman, Tagore ...En 1932, il publia dans une revue autrichienne Antropos une étude sur la poésie malagasy. En 1935, Voahangy, sa fille préférée meurt à l'âge de 3 ans. Il commença à sombrer dans l'alcool et l'opium et à s'identifier à Baudelaire et à son malaise intérieur. En 1937, raclé de dettes, il se retrouva dans la misère totale. Agacé par sa situation matérielle mais aussi par le fait que l'administration coloniale ne lui avait jamais permis de partir en France , un rêve qu'il avait toujours nourri , il se donna la mort le 21 juin 1937 après avoir envoyait la veille des lettres d'adieu à ses proches . Un suicide dont il nota les étapes dans un Calepin bleu. Aujourd'hui la bibliothèque de celui qu'on considère comme le premier poète africain moderne est déposée à la Bibliothèque Nationale Malgache à Ampefiloha et un lycée et un centre culturel de Tananarive porte son nom.


A l'âge de Guénin, à l'âge de Deubel,
un peu plus vieux que toi, Rimbaud anté-néant,
parce que cette vie est pour nous trop rebelle
et parce que l'abeille a tari tout pollen,
ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,
et, couché sur le sable ou la pierre, sous l'herbe,
fixer un regard tendre
sur tout ce qui deviendra quelque jour des gerbes.

Rabéarivelo








# Posté le vendredi 03 juillet 2009 05:09

Nahariat

Nahariat
Ses yeux étaient embués de larmes. Il avait mal un peu partout. Au dos. A la tête. En plus, de sa fracture du poignet. Son sourire intarissable et l'humour de ses propos contrastaient avec son état de santé. Il devait rester alité trois mois. Pourtant, il n'avait gardé que deux jours le lit, et déjà il en avait assez. C'était un jeune très distingué, mais aux manières très efféminées. En vrai, n'est-on pas que ce qu'on accepte d'être ? Des corps. Un cri. Un envol... Mais l'important ne serait-ce : Savoir être que ce qu'on est. Et savoir donner que ce qu'on a.

Nahariat, assise auprès de lui, le couvait des yeux. Elle savait bien que l'humour de son ami était juste pour qu'elle ne se fît pas du souci. Nahariat l'aimait bien. C'était son ami de toujours. Lui, il avait promis au père de Nahariat, qu'il allait veiller sur sa fille. Jour et nuit. Lui, il avait promis au père de Nahariat qu'il allait tout faire pour que sa fille gardât sa virginité jusqu'aux épousailles. Pour qu'elle pût consommer son mariage comme une reine. Comme la reine de Sabbat. Lui, il la protégeait des dragues des jeunes garçons du quartier. Lui, il rendait toujours la pareille aux gens qui s'en prenaient à Nahariat. Sa protégée de toujours.

Celle-ci, Nahariat, passait son temps à le consoler puisque toute sa vie, il n'avait fait que courber la tête devant les reproches de sa famille. Et dans le village, tous les villageois, daubaient sur lui.

Ces mêmes villageois avec qui ils forniquent toujours ensemble. Ils se souillent. Ensemble.

- Il faut que tu partes. Pars à Mayotte où tu auras des soins en tant que tels. Pars à Mayotte surtout pour te mettre à l'abri de ces oiseaux de mauvais augures. Pars ...pleura Nahariat.
- Nahariat, je n'irai nulle part avant ton mariage. Je reste là pour veiller sur toi. Quant à ces cuistres, laisse-les papoter. Qu'ils disent que je suis sidéen ou je suis sous l'emprise des djinns ...
- Mais ils ont dit qu'ils iraient au-delà du lynchage dont tu es la victime. Ils se sont convenus qu'ils allaient t'immoler ... pleura encore une fois Nahariat.
- Ils n'oseront pas.
- Mais tu disais pareil pour le lynchage. Tu disais qu'ils n'allaient pas oser.
- Mais Nahariat, si je pars, tu resteras avec qui ? Qui veillera sur toi ?
- Mon père ! Certes, il est vieux. Mais il saura bien prendre soin de moi. D'ailleurs, il s'est toujours bien occupé de moi depuis la mort de maman. Ne l'oublie pas.
- Mais pour partir il faut avoir de l'argent. Les passeurs ne vont pas m'embarquer à bord de la barque sans que j'ai payé.
- Ne t'en fais pas pour l'argent. Je sais où en trouver. Sinon, ne bouge pas, j'arrive. Et Nahariat se retira soudainement de la chambre de son ami.

Une heure plus tard.
Le soleil se couchait quand Nahariat fut devant la maison de Sitti. Sitti était belle. La trentaine. Blanche de peau. De moyenne corpulence. Et surtout célibataire. Nahariat frappa à la porte. Sitti ouvrit. Et gratifia tout d'abord Nahariat d'un sourire angélique avant de l'inviter à entrer.

Nahariat et Sitti s'entendaient très bien. Chaque fois que Nahariat passait devant la maison de Sitti, cette dernière lui donnait des étrennes. Et lui disait qu 'elle la considérait comme sa fille. Parce qu'à son âge, elle aurait bien pu avoir une fille de douze ans...

Nahariat aussi, aimait bien Sitti.

- Nahariat, dis-moi. En quoi puis-je t'aider ? demanda Sitti .

Nahariat resta d'abord silencieuse. Elle avait toujours l'habitude de rester dans l'expectative avant toute réaction... D'ailleurs ce ne fut qu'après cinq minutes que soudainement les propos qui couvaient depuis sous ses cendres buccales finirent par se manifester. Timidement, elle parla à Sitti de son ami malade. Et lui demanda de lui avancer de l'argent. Timidement.

Sitti resta silencieuse un moment. Puis, avança :

- Je ne vais pas te prêter de l'argent. Désolée, Nahariat. Par contre, je vais t 'en donner. L'ami de Nahariat est tout aussi mon ami, n'est-ce pas ?

Nahariat toute heureuse fit un sourire. Avant d'embrasser Sitti longuement. Elle était heureuse. Sitti aussi.

Mais au fur et à mesure que les embrassades se prolongeaient Sitti eut des fourmillements dans les jambes. Elle ne pouvait plus se contenir. Et de fil en aiguille, elle donna des baisers à Nahariat. Elle lui tripota le fessier. Nahariat ne comprenait absolument rien. Mais instinctivement, elle se laissait faire. Son sang s'était glacé. Sitti lui enleva d'abord la casaque pour lui téter les pointes des seins. Sitti lui retira la jupe après pour lui lécher le clitoris. Pendant ce temps Nahariat émettait des cris à peine étouffés. Saphisme. En fin, Sitti s'apprêtait à introduire une verge en caoutchouc dans le vagin de Nahariat quand les flammes léchassent et réduisissent en cendres sa maison en tôles ondulées.

En fait, les villageois avaient mis Sitti à l'index depuis fort longtemps. Mais ils voulaient avoir des preuves avant toute réaction. Et cette nuit-là, l'oreille collée à la porte, Saïd avait tout entendu. Donc ils avaient cette nuit-la la preuve si attendue. C'était la raison pour laquelle ils avaient tenu la dragée haute à Sitti et Nahariat.

- Abou, je crois que tu te trompes. Nahariat est morte de choléra. Sitti aussi. fit l'infirmière à Abou , qui était grabataire . Et avait une main en écharpe.
- Mais j'étais là quand ils ont brûlé la maison de Sitti. Ils les ont assassinées. Je vous le dis ! D'ailleurs, c'était en voulant aller voler à leur secours, qu'ils se sont tous jetés sur moi. Ils m'ont tabassé ces fous. Ces scélérats.
- Abou, tu ne me laisses pas le choix. Je suis obligé de te donner encore une fois du somnifère. Je crois que seul le sommeil te fera reprendre tous tes esprits. dit l'infirmière. Tristement.
- Mais je vais bien.
- Si tu allais bien, tu saurais que tu es là parce que tu es tombé d'un arbre.

Abou se tut. Soudainement. Versa des larmes. Amèrement.
Après que l'infirmière lui ait donné le somnifère, il lui dit :
- Ferme la porte derrière toi !

# Posté le vendredi 10 avril 2009 11:42

A fleur de c½ur

A fleur de c½ur
Au pangahary, un enfant chantait au rythme du sanza

Un bruit sourd dominait l'intérieur du taxi-brousse. Un vieux barbu vêtu d'un haillon égrenait un chapelet. Et fredonnait des sourates du Qoran. « Bismillah ! Bismillah ! Bismillah !... »A sa gauche, une jeune femme grassouillette. Elle allaitait un nouveau-né et lisait à voix basse un livre de fiqh. Derrière eux, des politiciens en chambre. Ils critiquaient le PRESIDENT. Et le traitaient de tous les noms. Quand tout à coup, leur discussion faillit se terminer en pugilat. Ils s'étaient retournés les uns contre les autres. Ce revirement avait déclenché l'hilarité générale. L'atmosphère était nauséabonde : pieds puants, cigarettes, aisselles...Tel un boutre, les yeux des passagers se tournaient un peu partout. Tel un boutre qu'on avait amarré au bord d'une rive à marée haute. . Elle, elle était silencieuse. Ce beau brin de fille, dont les yeux brillaient d'amour, était silencieux. Elle venait tout juste d'avoir quinze ans. Vraie houri qu'elle était...

Domoni était encore loin – à une heure de route. Domoni. Cité millénaire. Domoni, où sont arrivés pour la première fois les chiraziens. Domoni : témoin alerte d'une longue histoire arabo-bantoue, à jamais éventée de conflits sanglants, comme ceux des sultans batailleurs et de la jacquerie qui avait à sa tête Tumpa, le roi esclave. En fait, il y a longtemps de cela, en vrai leader, Tumpa avait pu réunir 7000 esclaves contre le sultan de Domoni. Ensemble, ils avaient réduit Domoni à feu et à sang... Domoni de la reine Halima II. Domoni des citadins passéistes. Domoni des ascendants esclavagistes. Domoni des fils d'esclavagistes. Domoni était encore loin...

Et pour tuer le temps, elle s'était mise à se souvenir du jour où elle avait vu pour la première fois son petit copain. C'était un dimanche soir. Après un tari, danse traditionnelle féminine. Elle attendait sa mère sous un bougainvillier, quand son futur petit ami qui était sorti de nulle part se mit devant elle. Le tombeur. Elle avait une mine réjouie. Comme d'hab. Ses yeux brillaient d'amour. Vraie fatma qu'elle était... Lui, il lui fit briller la félicité si elle devenait sa petite amie. Il puait l'alcool. Il puait le joint. Lui. Qui avait pu résister à cet adonis fraîchement expulsé de Mayotte faute de carte de séjour. Mayotte. L'eldorado. En fait Mayotte est pour l'Anjouanais, ce qu'est Marseille pour le Grand-comorien. Un eldorado. Certainement, elle ne l'avait pas éconduit. En effet, -et secrètement- depuis ce soir-là ils avaient filé le parfait amour jusqu'au jour où elle s'était rendue compte qu'elle était tombée enceinte.

Au pangahary, un enfant chantait au rythme du sanza.

Le taxi-brousse arriva finalement à Domoni. Son petit copain l'attendait derrière le Grand marché. Il s'était assis avec des bambins squelettiques et ventrus qui vendaient du fagot. Des bambins qui venaient de Koni Djodjo. Un village pas loin de Domoni. Quelque part, on ne sait où Kaka faisait les cent pas. Comme d'hab. Quelque part encore, le chien du Directeur de l'aviation civile rôdait. Et quelque part ...Et un homme alla vers un autre. Et le diable se fit homme. Et dieu se fit femme. Eternelle dispute. Antinomie...
...Dès qu'elle le vit, elle courut se jeter dans ses bras.

- Salut ! Je t'ai manqué j'espère ? demanda t-elle .

Lui, il répondit par une pirouette. Elle insista. Et lui noya le poisson ... Il l'aida à amener son sac à dos. Ils prirent bras dessus bras dessous la première route à droite. Celle qui est en en face du mausolée.


Une heure plus tard.
Chez le médecin.
Après maintes questions, ils apprirent du médecin que le f½tus avait deux semaines. Elle, elle était allongée sur une table. Les jambes grandement ouvertes. Elle était sous anesthésie quand le médecin lui a introduit le spéculum. Toutefois, chaque fois que le médecin grattait avec une cuiller son utérus, elle émettait des petits cris. Des tous petits cris. A sa droite, un sachet rempli de caillots. De bribes de vie. Son petit copain lui tenait la main. En guise de soutien. Il avait éclaté en sanglots. Versé des larmes. Le petit copain. Elle, à bout de forces, s'évanouit.

Au pangahary, un enfant chantait au rythme du sanza

A son réveil, le médecin lui dit :
- Ton petit copain a déjà payé le service. Et il est parti faire un petit tour histoire de se dégourdir les pieds.

Elle, ses yeux brillaient d'amour. La fatma. En fait, à force d'attendre, les douleurs abdominales redoublaient de férocité. Elle avait sacrément besoin de dormir. La houri. Alors, il avait fallu qu'elle partît chez son petit-copain. Mais à son arrivée, une femme lui annonça :

- Ce vantard a déménagé à la cloche de bois. D'ailleurs, tu es la troisième fille qui vient en cinq minutes le demander. Ne me dites pas que vous êtes toutes de seconde main !

Elle avait attendu la nuit pour s'ouvrir les veines. La houri. La fatma. « Paix à ses cendres », commanda une voix.
Jérémiades.
« Paix à ses cendres ! ».


* A dire vrai, la femme avait menti. Sale menteuse ! Rabat-joie qu'elle était ! En fait, le petit ami était en train de baiser avec une fille de Domoni quand quatre jeunes personnes avaient défoncé sa porte. Entrées dans sa chambre. Elles avaient tout d'abord passé à tabac la jeune femme. Tel un maître du Qoran tabasse ses disciples. La jeune femme, cette jeune femme, issue d'une bonne famille de Domoni n'avait pas le droit de se souiller avec un broussard. Un descendant d'esclaves. Encore moins, un sans argent. Une jeune femme de bonne famille se marie avec un jeune homme de bonne famille. Et un broussard se souille avec une broussarde. Rien de plus. Rien de moins. Telle est la vie sous la Lune. Et quant au petit ami, elles l'avaient tout d'abord sodomisé. A tour de rôle. Avant de lui enfoncer une tige de feuille de cocotier sèche dans l'urètre. Pratique centenaire pour consommer une vengeance ou laver une offense...

Et au pangahary, un enfant avait cessé de chanter au rythme du sanza.


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# Posté le vendredi 10 avril 2009 11:34